lundi 24 janvier 2011

Le député de Joliette Pierre Paquette voit s’ajouter une nouvelle responsabilité à celle de leader parlementaire

Cabinet fantôme

Joliette, le lundi 24 janvier 2011 – Le chef du Bloc Québécois, Gilles Duceppe a annoncé vendredi dernier des modifications à son cabinet fantôme nommant ainsi Pierre Paquette, le leader parlementaire du Bloc Québécois, porte-parole en matière d’Affaires intergouvernementales et Conseil privé.

Au cours de ses mandats, Pierre Paquette s’est vu attribué d’autres rôles importants au sein du parti tel que porte-parole en matière de Finances, de Mondialisation et d’Institutions financières internationales, en matière de Commerce international et de Mondialisation, en matière de Réforme démocratique ainsi que porte-parole par intérim en matière de développement régional.

Le dossier d’un porte-parole en matière d’Affaires intergouvernementales et Conseil privé est un dossier horizontal qui touche plusieurs domaines dont le poids politique du Québec à la Chambre des communes, les transferts en santé ainsi que les transferts en éducation post-secondaire.

« Mon nouveau rôle sera donc de conseiller et de seconder mon chef dans tous les dossiers qui touchent les relations entre le Canada et le Québec. Que ce soit au niveau des politiques, des affaires parlementaires touchant les relations entre le provincial et le fédéral pour des questions de fiscalité, de langue ou de territoire. Le débat survenu pour que la Capitale-Nationale se réapproprie un grand nombre de propriétés foncières, dont les Plaines d’Abraham qui étaient utilisées à des fins de visibilité fédérale en est un bon exemple », a mentionné le député de Joliette, Pierre Paquette.

« C’est avec enthousiasme que j’entamerai la prochaine session parlementaire et que je continuerai à défendre les valeurs et les intérêts du Québec et de ma circonscription », a conclu le député bloquiste.

mardi 18 janvier 2011

La rentrée parlementaire 2011

Un caucus de la rentrée pré-électoral


Joliette, le mardi 18 janvier 2011 – Dans le cadre du caucus du Bloc Québécois qui se tiendra les 25 et 26 janvier prochains à Québec, l’ensemble des députés se regroupera afin de peaufiner la stratégie de la rentrée parlementaire ainsi que la stratégie pré-électorale. À Ottawa, la rentrée parlementaire se fera dans un contexte qui sera décisif pour la survie du gouvernement Harper. Selon Pierre Paquette, député de Joliette et leader parlementaire du Bloc Québécois, la présentation du budget conservateur serait l’occasion rêvée pour ces derniers de déclencher des élections au printemps. Contenu de la conjoncture, le premier ministre pourrait ajouter un élément au budget qui forcerait cette fois-ci les libéraux à ne pas l’appuyer.

La dernière session parlementaire illustre de façon évidente le fossé de plus en plus grand qui sépare le Québec du gouvernement conservateur. On retiendra de l’année 2010 que les conservateurs et les autres partis ont ignoré toutes les décisions unanimes de l’Assemblée nationale et ont été jusqu’à manifester un mépris ahurissant envers les préoccupations du Québec, notamment en s’entêtant à aller de l’avant avec leur projet de commission pancanadienne des valeurs mobilières.

« La rentrée parlementaire sera une fois de plus un test pour les libéraux et les conservateurs. Jusqu’ici, le gouvernement de Stephen Harper a failli à la tâche, tandis que Michael Ignatieff a complètement abdiqué ses responsabilités. En appuyant systématiquement les conservateurs de Stephen Harper, en les gardant au pouvoir pour gagner du temps, Michael Ignatieff n’a pas hésité un seul instant à sacrifier lui aussi les intérêts du Québec et de la population. Si Stephen Harper refuse de changer ses politiques idéologiques et si Michael Ignatieff cesse de plier devant Stephen Harper et prend ses responsabilités, des élections fédérales pourraient être déclenchées dès le printemps », a déclaré le député bloquiste.

« Devant un autre refus des conservateurs de compenser le Québec des 2,2 milliards qui lui sont dus en ce qui a trait à l’harmonisation de sa taxe de vente avec la TPS, bien qu’ils n’aient pas hésité à offrir de généreuses indemnités à l’Ontario et à la Colombie - Britannique, le Bloc Québécois n’hésitera pas à voter contre le budget. C’est une condition sine qua non. C’est un débat qui dure depuis trop longtemps et qui n’a pas lieu d’être. Les trois grands partis fédéralistes n’ont jamais hésité à s’allier pour empêcher l’élimination du pouvoir de dépenser du fédéral dans les champs de compétence du Québec et c’est complètement inadmissible », a clairement indiqué le député de Joliette et leader parlementaire, Pierre Paquette.

Monsieur Alain Généreux, président du comité exécutif du Bloc Québécois de Joliette indique que le parti est mûrement préparé à des élections au printemps. « Le Bloc Québécois de la circonscription de Joliette a poursuivi ses préparatifs pour faire face à la prochaine élection. À preuve, le 4 décembre dernier, il s’est tenu un comité exécutif élargi auquel se sont joints plusieurs militantes et militants, afin de discuter de la prochaine plate-forme électorale du Bloc Québécois. Cette opération avait lieu dans chacune des 75 circonscriptions du Québec. Nous avons réellement l’intention de mener le Bloc Québécois à une victoire nette aux prochaines élections ».

Le député de Joliette s’est dit prêt pour cette nouvelle session qui débutera sous peu. « Le Bloc Québécois présentera ses attentes au gouvernement minoritaire de Stephen Harper, nous mettrons tout en œuvre pour que le gouvernement fédéral réponde aux préoccupations des Québécoises et des Québécois et nous avons l’intention d’utiliser tous les moyens à notre disposition pour défendre les valeurs et intérêts du Québec à la Chambre des communes et si ça signifie des élections, le Bloc Québécois est prêt à y faire face » a conclu Pierre Paquette.


jeudi 13 janvier 2011

La social-démocratie et la question nationale

Depuis quelques mois, un chantier pour une social-démocratie renouvelée est animé par un consortium de recherche(www.chantiersocialdemocratie.org). Ce renouvellement est nécessaire parce que les politiques de l’État et les propositions de la société civile dont les partis politiques doivent constamment s’adapter aux changements, particulièrement structurels, dans les domaines de l’économie, du social, de la culture et de l’environnement. Il serait faux de dire que le projet social –démocrate n’a pas évolué au fil des décennies, mais les modifications des trente dernières années sur tous les plans et à l’échelle planétaire appellent un effort plus important et nécessitent une approche plus volontariste qu’auparavant.

À mon avis, l’avenir du Québec et du projet social – démocrate sera conditionné en bonne partie par notre capacité à relever cinq grands défis : la mondialisation, la lutte aux changements climatiques, le renforcement de la démocratie, le défi démographique et les assises de l’identité québécoise. Chacun de ces défis est intimement lié à la question nationale.

Des défis incontournables

Ainsi, la libéralisation du commerce est, au plan économique, une source de croissance. Les 60 dernières années le démontrent bien. Elle n’est toutefois pas une garantie d’enrichissement pour le monde. Ce phénomène de mondialisation a vu les inégalités s’accroître entre les pays et au sein de chacun d’entre eux. À titre d’illustration Paul Krugman dans son livre, L’Amérique que nous voulons (Flammarion, 2008) rappelle qu’en 1980, 1 % de la population aux États-Unis empochait 8 % du revenu total. En 2006, année qui a précédé la crise financière et économique, ce même 1 % s’accaparait 23 % du revenu total, soit presque trois fois plus. La dernière fois qu’une telle situation s’était produite, c’était en 1928, juste avant la Grande Dépression. Cette constatation, plusieurs dirigeants, notamment des pays émergents et en voie de développement l’ont faite, ce qui explique en grande partie le blocage du cycle de Doha. Au sein de la société québécoise, beaucoup de monde, et pas seulement à gauche, pense qu’il faut mettre en place un autre modèle de mondialisation qui fait de la répartition de la richesse et de la question des droits sociaux, environnementaux et culturels des priorités. Cela implique des décisions au plan international et planétaire. Le problème pour le Québec, c’est qu’il n’a pas accès aux forums internationaux où il pourrait faire valoir avec d’autres pays cette autre mondialisation. De plus, il ne contrôle pas toutes les compétences nécessaires à cette approche. La seule et unique façon pour le Québec de participer pleinement et activement à la recherche de ce nouveau modèle de mondialisation et aux négociations internationales, c’est de devenir souverain.

La lutte aux changements climatiques est un défi global, urgent et nécessaire. Il y va de l’avenir de l’espèce humaine et de notre seule et unique planète. Ce défi est le plus important que le monde ait à relever. Le Québec n’y échappe pas et doit faire sa part.

Cependant, il serait illusoire de croire que le Québec pourra aller au bout de ses ambitions dans ce domaine sans contrôler les moyens qui se trouvent actuellement à Ottawa, d’autant plus que la stratégie industrielle du Canada est essentiellement basée sur l’exploitation des sables bitumineux.

Nous avons également la responsabilité de préparer le Québec au défi démographique dont les impacts commenceront à se faire sentir vers 2015. Si l’on peut et si l’on doit débattre de l’ampleur du défi démographique, on doit évaluer les conséquences au plan des finances publiques et sur notre capacité future à pratiquer la solidarité et à relever les défis qui sont les nôtres.

Pour relever ce défi, il faut impérativement pouvoir utiliser les milliards de dollars que le Québec envoie chaque année à Ottawa, selon nos besoins et nos priorités propres sans avoir à toujours craindre les décisions arbitraires et unilatérales du gouvernement fédéral.

Enfin, si nous souhaitons assurer l’essor de la nation québécoise, notre devoir le plus important consiste à assurer la vigueur des assises de notre identité, soit la langue française et la culture québécoise. Or, là encore, Ottawa a une partie de notre sort entre ses mains.
La responsabilité du mouvement et des partis souverainistes consiste à proposer des idées pour relever ces défis et à tout faire pour que nos objectifs se réalisent dans le cadre d’une social-démocratie à la québécoise.

Une véritable démocratie représentative doit s’appuyer sur une opinion publique informée et une société civile reconnue et consultée. Sa base est constituée d’un système parlementaire où les élus ont le pouvoir de demander des comptes à leur gouvernement respectif.

En restreignant le pouvoir des parlementaires, les débats publics et l’information, le pouvoir exécutif a provoqué le désintéressement chez les uns et, la peur du changement chez les autres ainsi que tous les activismes possibles. C’est vrai au Canada et la plupart des pays occidentaux. Le torpillage du recensement par les conservateurs, comme le fait remarquer Manon Corneiller dans le journal Le Devoir (2010/09/29) est une atteinte au droit à une information éclairée et je la cite : « Tenus dans le noir et privés de données fondamentales [ les citoyens] ne sont plus aussi bien armés pour exercer leur premier droit démocratique, soit celui de juger le gouvernement. »

Le transfert de pouvoirs réels vers des institutions, où il n’y a pas de présence parlementaire comme l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a aussi contribué à affaiblir cette démocratie représentative et sa capacité de changer les choses. Ce sentiment d’impuissance est alimenté par la séparation de compétence entre Québec et le fédéral ainsi que par le déséquilibre fiscal qui empêche l’Assemblée nationale d’assumer la totalité des responsabilités que la nation québécoise souhaitait qu’elle ait.

La souveraineté du Québec constituera un vent de fraîcheur et contribuera, avec d’autres réformes, en particulier en valorisant l’action citoyenne, à renforcer la démocratie.

Des principes à respecter

Ayant dit que le projet social-démocrate doit constamment se renouveler, s’actualiser et s’adapter aux nouvelles réalités, il doit aussi demeurer fidèle à ses principes fondamentaux. C’est un défi qui inquiète. Comment adapter les propositions et les politiques social-démocrates sans faire de compromissions? À mon sens, il faut d’abord identifier ses principes et voir comment ils se déclinent dans le contexte actuel.

J’en ai identifié cinq : la démocratie, l’égalité, l’équité et le développement durable, la solidarité et la participation citoyenne. Reprenons les un à un pour les décrire brièvement.

La démocratie

La social-démocratie se reconnaît dans des institutions, des procédures et des règles qui sont notamment la liberté d’organisation et de réunion, la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, les élections libres, la séparation entre l’État et les religions et le respect des droits fondamentaux.

L’égalité

La social-démocratie lutte contre les inégalités et prône l’égalité entre les hommes et les femmes, entre les communautés ethniques, entre les religions et avec ceux qui n’en ont pas, entre les diverses orientations sexuelles. De même, la social-démocratie s’attaque aux discriminations aussi bien au plan économique qu’au plan social. La social-démocratie est attachée à la justice sociale ce qui se traduit par l’égalité des chances face à l’éducation et l’emploi.

Équité et développement durable

L’équité, notamment l’équité intergénérationnelle doit quant à elle s’appuyer sur une politique de développement durable qui vise à améliorer la qualité de vie de la population d’une génération à l’autre en agissant sur les éléments fondamentaux de notre vie collective : éducation, santé, sécurité, environnement, infrastructures et culture. Au plan international, la social-démocratie défend le commerce équitable.

La solidarité

La solidarité est l’assise des politiques social-démocrates et peut se définir comme la responsabilité des uns envers les autres, du collectif envers l’individu et de l’individu envers le collectif. Cette solidarité doit s’exprimer à l’échelle de la planète par un nouvel internationalisme et à l’échelle nationale par un nouveau nationalisme. Je reviendrai sur ces deux notions après avoir décrit ce qu’est la participation citoyenne selon moi.

La participation citoyenne

La démocratie c’est plus que les élections. J’ai eu l’occasion de le dire avant, la démocratie représentative doit être renforcée par le rééquilibrage des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif au profit des parlementaires. Une démocratie représentative forte est une condition essentielle à la réalisation du projet social-démocrate. Mais on constate aussi que l’épanouissement de la social-démocratie a été accompagné d’élargissement de la conception de ce qu’est la démocratie. Qu’on parle de concertation sociale, de démocratie participative, de décentralisation ou d’actions citoyennes, l’idée que la démocratie représentative est essentielle, mais insuffisante a toujours été présente. J’aimerais développer deux thèmes porteurs : la démocratie et la solidarité.

Renforcer la démocratie

Fernand Dumont dans son livre Raisons communes (Boréal, 1995) écrit « qu’une collectivité vigoureuse suppose l’accord des citoyens sur l’existence de problèmes qui dépassent leurs soucis privés et qu’elle exige leur consentement à la délibération démocratique ». Ce qui est intéressant dans cet extrait de Dumont, c’est que, selon lui, avant même de délibérer sur les voies de solutions, il doit y avoir un certain consensus sur l’existence d’un problème collectif. On voit donc l’importance qu’une information accessible, crédible et la plus indépendante disponible.

C’est pourquoi, je trouve que l’idée de Louise Beaudoin, alors ministre des relations internationales, de mettre sur pied au début des années 2000 un Observatoire sur la mondialisation, excellente et indispensable. Malheureusement, une des premières décisions de Jean Charest, nouvellement élu en 2003, fut de démanteler cet observatoire sous le prétexte fallacieux d’économie budgétaire. À la même époque, Bernard Landry, alors Premier ministre se fit le promoteur d’un Institut pour le développement de l’économique et de l’emploi (IDÉE) pour alimenter la réflexion collective sur ces grands enjeux. Encore une fois, l’élection des libéraux mit fin à l’initiative annoncée lors du dernier budget du Parti Québécois. Il serait tout à fait possible que l’État finance de tels organismes indépendants dans quatre ou cinq domaines jugés prioritaires. Autour de ces organismes, des espaces de débats publics permettraient aux organisations de la société civile et à l’État d’établir un dialogue plus permanent. Cela éviterait que des enjeux apparaissent, à tort ou à raison, comme des questions soulevées pour d’autres motifs ou pour faire avancer un programme caché. Pensons ici à l’utilisation de la dette (dont plusieurs définitions existent) et que certains utilisent sans fondement pour promouvoir une réduction de la place de l’État. J’ai eu l’occasion d’en parler souvent.

De plus, un tel dialogue permettrait de voir venir les enjeux avant qu’ils ne deviennent des problèmes, voire des crises. Je pense à la question des accommodements raisonnables ou à celle de l’exploitation des gaz de schistes. Ce dialogue éviterait peut-être que des acteurs sociaux et des citoyens peu ou pas convaincus de l’existence réelle d’un problème et des faits l’entourant se retirent de la délibération démocratique et pratiquent ce que certains appellent une « démocratie de surveillance » voire de « dénonciation ». Ce type d’attitudes alimentent soit le cynisme, soit le sentiment d’impuissance et parfois le populisme.

Dans le fond, les citoyens veulent avoir un rapport avec l’État qui soit beaucoup plus humain, plus personnalisé. Ce qui est vrai pour les individus l’est aussi pour les régions et les communautés. La décentralisation est une réponse à cela, mais l’économie sociale en constitue une autre. Les gens, lorsqu’ils se dotent d’entreprises ou d’institutions qu’ils contrôlent, veulent façonner la production de service en fonction de leurs besoins, plutôt que de dépendre de décisions prises en haut, par un centre, loin de leurs préoccupations. On peut voir tout cela dans le cade de la remise en question des rapports traditionnels entre l’État et les citoyens, entre les régions et l’État. La décentralisation et la création d’une économie sociale offrent une réponse partielle. Il y en a d’autres.

On constate une tendance, irréversible je crois, à une redéfinition générale de ce qu’est le social et le politique, des relations entre les individus et entre les individus et l’État. C’est dans ce contexte que je suis porté à croire que l’économie sociale est appelée à un important développement, précisément parce que les gens veulent maintenant avoir un rapport plus direct avec ce qui les concerne.

C’est très facile maintenant de faire une collecte pour une cause particulière : les gens adhèrent à la cause et donnent de l’argent. Alors que si l’on parle d’un impôt général qui va servir à un ensemble de causes, le lien est moins direct et la méfiance est plus grande. Tout cela se situe à une échelle où les gens pensent avoir un certain contrôle et c’est ce qu’ils recherchent. Mais n’oublions pas les limites de tout cela. Nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir un filet de sécurité sociale basé sur ce genre de solidarité éclatée. Il faudra donc que l’État fasse preuve de plus de transparence dans l’utilisation des fonds publics.

Ces tendances posent un défi important aux partis politiques dont le rôle comme membre de la société civile est essentiel. Il faut le rappeler, le concept de « société civile » a été inventé par la Droite française à l’époque du Front populaire au début des années 1930 pour attaquer la légitimité des décisions du gouvernement de Gauche. La légitimité émanait pour l’opposition de droite de la société civile. Le pas suivant, plutôt le fait des progressistes, a été de considérer les partis politiques comme des entités extérieures à la société civile, ce qui est pour moi totalement faux.

Cela dit, les partis politiques ont un rôle qui est différent des autres organismes de la société civile qui peut se définir comme tout ce qui n’est pas l’appareil de l’État. Les divers acteurs de la société civile, comme les associations de consommateurs, les syndicats, les groupes environnementalistes, ou communautaires ou de femmes, les organisations patronales, défendent les intérêts et les préoccupations des personnes qu’elles représentent et c’est tout à fait normal. Sans être exclusif, elles sont plus sur le mode de la revendication que de la proposition.

La revendication est un élément essentiel de l’action sociale et le demeure. Revendiquer, c’est réclamer quelque chose qui découle, selon le point de vue, d’un dû ou d’un droit. Proposer, c’est mettre de l’avant une solution nouvelle à un problème qui est identifié comme réel par une majeure partie de la société. La proposition prend en compte les contraintes des uns et des autres ainsi que leurs revendications.

C’est le rôle des partis politiques de faire de l’ensemble de ces propositions un projet cohérent de société. Les partis doivent faire des arbitrages entre les différentes revendications et propositions à partir d’une vision politique qui doit avoir des racines au sein d’une société et d’une nation. L’objectif de l’action politique partisane est de réaliser un programme dans le cas des partis progressistes pour le bien commun en prenant le pouvoir et en utilisant l’État pour ce faire.

Le Bloc Québécois est aussi un produit de la société civile. Après l’échec du Lac Meech, une bonne partie des Québécoises et des Québécois voulaient qu’il y ait une cohérence entre leur vision politique (souverainistes ou nationalistes) et les choix électoraux qu’ils avaient sur la scène fédérale. D'ailleurs, la déclaration de principe du Bloc Québécois, adoptée au congrès de 2000, le rappelle.

« Le Bloc Québécois est un parti souverainiste [...] Il rétablit la concordance et la légitimité entre la vision d’un peuple et celle de ses représentantes et représentants élus sur la scène fédérale. Le Bloc Québécois affirme l’existence de la nation québécoise, exige sa reconnaissance et défend son droit de choisir librement son avenir. »

Dès le départ, donc, le dialogue entre le BQ et la société civile était au cœur des préoccupations.
L’élection de Gilles Duceppe, il y a 20 ans cette année, exprime le fait que beaucoup de Québécoises et de Québécois ne voulaient plus être obligés de s’abstenir de voter pour des partis fédéralistes qui ne représentaient pas leurs convictions nationalistes ou souverainistes ou encore s’abstenir. C’est dans cette volonté populaire de dépasser cette contradiction qu’il faut chercher l’appui constant des Québécoises et des Québécois au Bloc.

Depuis 1993, à chaque élection fédérale la nation québécoise a envoyé une majorité de députés du Bloc pour défendre ses valeurs et ses intérêts. Il s’agit là d’une avancée majeure de la démocratie québécoise.

Pour renforcer la solidarité

La solidarité s’exprime à l’échelle de la planète par un nouvel internationalisme et la réforme du droit international pour le développement économique et démocratique à l’échelle du monde. Si un État respecte les droits fondamentaux des personnes qui relèvent de son autorité et cherche à répondre à leurs besoins de base, alors sa souveraineté doit être respectée. Mais si un État viole lui-même le droit à la vie, la communauté internationale a un devoir d’intervention, de protection et d’assistance. Il est bien évident que seules des actions à caractère multilatéral découlant de résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies sont acceptables pour les socio-démocrates. Ce nouvel internationalisme doit s’étendre à la question des droits sociaux et environnementaux.

Par exemple, depuis quelques années, les discussions au sein d’instances internationales comme l’Organisation de coopération et de développement économique (0CDE) et l’Organisation internationale du travail (OIT) ont permis de donner substance à la protection des droits du travail en la définissant à partir de sept conventions fondamentales déjà adoptées par l’OIT. Il s’agit des conventions sur la liberté syndicale (Convention № 87) et le droit d’organisation et de négociation collective (Convention № 98), sur l’interdiction du travail forcé ou obligatoire (Conventions № 29 et № 205), sur l’égalité de rémunération entre les hommes et les femmes (Convention № 100) et contre la discrimination en matière d’emploi (Convention № 111) et sur le respect d’un âge minimum pour l’emploi, limitant le travail des enfants (Convention № 138).

Rappelons qu’il s’agit de sept conventions fondamentales, toutes adoptées par l’OIT depuis plusieurs années et toutes ratifiées par un grand nombre de pays, tant du monde industrialisé que du monde en développement. Ces conventions ne visent pas l’équivalence des salaires ou la similitude de la protection sociale entre pays mis plutôt à faire respecter des droits fondamentaux applicables à tous les pays indépendamment de leur niveau de développement.
La proposition développée au sein de l’OIT et de l’OCDE prévoit que la surveillance de l’application de ces droits se ferait par un comité conjoint OMC/OIT. Le comité pourrait recevoir des plaintes, qu’il aurait le devoir d’examiner, et offrirait de l’assistance technique pour aider les pays à se conformer à la clause. Passé un certain délai et après un examen de la mise en œuvre de ses recommandations par le comité, la procédure de règlements de conflits pourrait s’appliquer.

Une même approche pourrait être prévue pour les droits environnementaux sur la base des grandes conventions internationales dans ce domaine, comme la convention cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques dont découle le Protocole de Kyoto ainsi que la Convention sur la diversité biologique et le Protocole de Carthagène. La même chose est faisable au plan culturel avec la Convention sur la diversité de l’UNESCO.

Tous les avantages prévus à un accord commercial qu’il soit multilatéral ou bilatéral devraient être assujettis au respect de ces droits. Finalement, la solidarité doit avoir pour assise la nation. Il y a un lien étroit entre la social-démocratie et la nation comme affirmation de la souveraineté populaire. Il faut rappeler que la nation, c’est l’espace de liberté et de la délibération démocratique. La solidarité nationale est le premier rempart contre les dérives de la mondialisation. En effet, c’est toujours l’État-nation qui est le mieux à même de représenter les intérêts nationaux sur la scène internationale. La solidarité nationale est aussi une force de développement économique où sont présentes la création et la redistribution de la richesse. À cet égard, il est tout aussi absurde de dire qu’une collectivité doit créer la richesse avant de la distribuer que de dire qu’elle peut la répartir sans tenir compte de sa création. Il s’agit là de deux processus inter-reliés. Une société où les inégalités de richesse s’agrandissent toujours, devient nécessaire une société sans cohésion et une économie en sursis. S’il avait fallu attendre avant de moderniser notre réseau d’éducation d’en avoir tous les moyens, le Québec comme l’ensemble des pays industrialisés, n’auraient jamais connu la prospérité qui a caractérisé les cinquante dernières années.

L’impasse persiste

Malgré la volonté d’une grande partie des Québécois et des Québécoises de renouveler le projet social-démocrate, une double impasse persiste. D’une part, parce que l’argent du Québec à Ottawa n’est pas sous notre contrôle. D’autre part, parce que le vieillissement de la population devrait commencer à se manifester vers 2015 et que si rien ne change d’ici là, le Québec se prépare des lendemains très difficiles.

Pour dénouer l’impasse liée au défi démographique, la priorité des priorités pour le Québec doit être de régler rapidement et complètement le déséquilibre fiscal et les litiges financiers avec Québec totalisant au bas mot 8 milliards de dollars.

Les transferts fédéraux seront transformés en revenus autonomes pour le gouvernement du Québec par un transfert de champs fiscaux, ce qui lui permettra de planifier à moyen et à long terme, sans craindre les coupures unilatérales d’Ottawa. Enfin, l’élimination du « pouvoir fédéral de dépenser » épargnera au Québec les intrusions sans fin d’Ottawa dans ses compétences.

Il y a deux consensus qui semblent se dégager des débats en cours : le Québec doit investir massivement en éducation et en recherche et il doit se doter d’une stratégie d’enrichissement collectif. Pour ce qui est de l’éducation, la solution réside dans le règlement du déséquilibre fiscal.

Comme il l’a fait à propos de la reconnaissance de la nation québécoise, du transfert au Québec de la formation de la main-d'œuvre et des congés parentaux, le Bloc Québécois a réussi à imposer la question du déséquilibre fiscal à la Chambre des communes. L’Assemblée nationale est unie sur cette question. Nous menons cette bataille depuis de longues années et nous irons jusqu’au bout. Nous allons faire de même pour la stratégie économique que nous proposons.
Nous proposons une stratégie d’enrichissement fondée sur la réduction de la dépendance du Québec au pétrole. Ce devrait, selon nous, être la deuxième priorité du Québec.

L’urgence de la souveraineté

Pour le moment l’impasse persiste. La nation québécoise envoie une large partie de sa richesse collective à Ottawa chaque année, sous le contrôle du Canada. Cette richesse nous échappe, nous ne la contrôlons pas. Si le gouvernement fédéral refuse de régler globalement le déséquilibre fiscal, l’impasse du choc démographique demeurera entière. Si le gouvernement fédéral refuse de contribuer à la stratégie québécoise d’enrichissement collectif, l’impasse persistera toujours.
Je ne partage pas la crainte d’une catastrophe de la situation financière du Québec suite au défi démographique. Je ne la partage pas parce que le Québec a les ressources pour y faire face. Cependant, si la situation actuelle devait persister, nous risquons de voir l’État québécois, le seul contrôlé par la nation québécoise, se diriger vers une sorte d’étouffement.

Il y a bien sûr une autre façon de dénouer l’impasse en reprenant le plein contrôle de nos moyens financiers. Ça s’appelle la souveraineté. Ça aussi je le propose.
Pierre Paquette

vendredi 7 janvier 2011

Fausse bonification du budget de l’initiative Emplois d’été par les conservateurs


« LE BLOC QUÉBÉCOIS EXIGE 16 MILLIONS SUPPLÉMENTAIRES
POUR INDEXER LE BUDGET À L’INFLATION DU SALAIRE MINIMUM »
– Pierre Paquette

Joliette, le vendredi 7 janvier 2011 – « Après avoir exercé de fortes pressions sur le gouvernement Harper afin qu’il revoie le budget alloué à l'initiative Emplois d'été en fonction de l’inflation du salaire minimum et du coût de la vie, le Bloc Québécois accueille avec un enthousiasme mitigé la décision des conservateurs de fixer à 107,5 millions de dollars le budget du programme pour 2011. En fait, il ne s’agit là que d’une fausse bonification du programme, car le budget de l’initiative Emplois d’été s’élevait à ce même montant les deux dernières années. Le programme ne bénéficie donc pas d’argent frais », a déploré le député de Joliette et leader parlementaire du Bloc Québécois, Pierre A. Paquette.

« Le Bloc Québécois a déposé en décembre dernier une motion au comité des ressources humaines et du développement des compétences qui réclamait la bonification du budget destiné à ce programme en fonction de la croissance du salaire horaire minimum et du coût de la vie. En effet, le salaire minimum au Québec a bondi depuis l'année de référence qui est 2006 : alors de 7,75 dollars, il s'élevait à 9,50 dollars en 2010 et il atteindra 9,65 dollars le 1er mai 2011. Pour suivre la hausse du salaire minimum et du coût de la vie, le budget de l’initiative Emplois d’été pour 2011 devrait être d’environ 123,5 millions de dollars. Or, le budget de 107,5 millions de dollars annoncé par les conservateurs cause un manque à gagner de près de 16 millions de dollars, dont près de 4 millions pour le Québec, pour revenir au niveau de 2006 et permettre à un même nombre de jeunes de bénéficier du programme », a enchaîné le député bloquiste.

« La décision du gouvernement Harper de ne pas indexer le budget du programme à l’inflation du salaire minimum et du coût de la vie met en péril la vitalité de l’emploi étudiant et de la relève. Pour sa part, le Bloc Québécois a bien l’intention de veiller à ce que nos jeunes puissent acquérir des expériences de travail significatives en vue de leur carrière future, tout en contribuant au développement économique et social des municipalités et des régions », a mentionné Pierre A. Paquette.

« En 2010, ce sont 99 emplois qui ont profité à 93 promoteurs dans la région de Lanaudière grâce au programme Emplois d’été Canada. Les besoins dans la région sont importants et l’investissement de ce programme donne des résultats tangibles pour contrer l’exode des jeunes en région. Dans la circonscription de Joliette, ce programme crée des emplois touchant directement le volet jeunesse, le tourisme et la culture, l’environnement, le soutien en santé ainsi que le volet municipal », a conclu le député de Joliette.

mardi 14 décembre 2010

Souffler le chaud et le froid ou la défense de l’environnement à la mode conservatrice

Les journaux rapportaient récemment que le gouvernement conservateur avait exercé un lobby insistant auprès de l’administration américaine afin de soustraire les sables bitumineux à certaines dispositions de la loi sur la sécurité et l’indépendance énergétique des États-Unis adoptée en 2007. Les fonctionnaires du ministère de l’Environnement sont à couteaux tirés avec ceux des Affaires étrangères parce que ces derniers jugent que les dispositions de la loi américaine pourraient avoir des effets néfastes sur les exportations de pétrole albertain extrait des sables bitumineux. De leur côté, les fonctionnaires de l’environnement sont d’avis que les contraintes et les pressions de la loi américaines auront pour effet de forcer l’industrie des sables bitumineux à prévoir des mécanismes pour le captage et le stockage du carbone. Le lobby des fonctionnaires des Affaires étrangères à Washington aura été tellement efficace que les tribunaux saisis de l’affaire en sont toujours, après trois ans, à étudier le bien fondé du recours judiciaire.

Il faut reconnaître qu’en matière d’environnement la position du gouvernement conservateur ne s’est pas distinguée par sa transparence. Au contraire, le gouvernement souffle le chaud et le froid et son approche consiste à en faire le moins possible. Lorsque cela lui convient, il dit vouloir attendre les normes des États-Unis au motif que la multiplicité des normes ne fera que compliquer la vie aux entreprises. Et lorsque le gouvernement américain pose des gestes contraignants pour lutter contre les changements climatiques comme ceux que prévoient la loi sur la sécurité et l’indépendance énergétique, plutôt que d’y adhérer le gouvernement canadien exerce un lobby pour soustraire les producteurs de pétroles de l’Alberta aux dispositions de la loi.

Il est quand même symptomatique qu’après toutes ces années le gouvernement soit toujours incapable de nous présenter le moindre plan crédible de réduction de gaz à effet de serre. Si l’Union européenne et l’Union africaine ont pu rendre publics sur internet leurs objectifs de réduction de gaz à effet de serre en prévision du Sommet sur le climat qui se tiendra à Cancún au Mexique à la fin de l’année, on se demande pourquoi le Canada ne peut pas en faire autant? Qu’est-ce qui explique ce manque de transparence? La raison est simple, c’est que le gouvernement conservateur ne croit pas que la lutte aux changements climatiques peut être payante. Pourtant, il existe de nombreux exemples où le mariage de l’économie et de l’environnement a entraîné non seulement du développement, mais aussi de la création d’emplois et de la richesse. L’actuel ministre de l’environnement est tellement inféodé à l’industrie pétrolière qu’on est en droit de se demander s’il ne devrait pas changer son titre de ministre de l’environnement pour celui de lobbyiste des pétrolières? C’est une histoire à suivre.

Pierre Paquette

jeudi 2 décembre 2010

À la défense de nos créateurs


Le 30 novembre dernier, une centaine d’artistes québécois sont venus à Ottawa afin de crier leur désarroi à l'égard du projet de loi C-32 sur les droits d'auteur pour lequel le Bloc Québécois s'est engagé à exiger des amendements substantiels au cours des travaux du comité législatif qui l'étudie.

Ce projet de loi appauvrit nos artistes et n'enrichit que la grande entreprise. En fait, les principales modifications apportées par ce projet de loi en vue de moderniser la loi actuelle favorisent nettement la grande industrie du logiciel, du logiciel de jeu, du film et de la radiodiffusion au détriment des droits de nos artistes et de nos artisans. Le déséquilibre du projet de loi sur les droits d'auteur est manifeste.

Le monde de la musique n'a pas besoin du verrou numérique, une pièce centrale du projet de loi des conservateurs, qui est conçu pour le logiciel et le logiciel de jeu. Le milieu de la musique veut plutôt que ses produits soient téléchargés sur tous les supports et largement diffusés en contrepartie de rémunération.

Outre le fait que C-32 n'accorde aucun gain important pour les créateurs de contenu artistique, ces derniers perdent trois sources de revenus très importantes, totalisant 74 millions de dollars :

• Le système de la copie privée existe dans la loi actuelle pour pallier les nombreuses copies légales d'œuvres musicales faites par les consommateurs sur divers supports. Des redevances sont perçues à la vente de CD vierges et de cassettes et sont redistribuées aux artistes et artisans. Le projet de loi C-32 ne modernise pas le système de la copie privée et ne s'applique donc pas aux nouveaux supports technologiques (comme les MP3 et autres lecteurs audionumériques). C'est autant d'argent que les artistes perdront au fur et à mesure que les anciens supports seront délaissés. Depuis 1990, le système de la copie privée a perçu 180 millions de dollars de redevances et les a redistribuées selon un système complexe, mais assez juste, aux artistes et artisans, une moyenne de 13 millions de dollars par année. Il est important de mentionner que le système de la copie privée n'autorise pas le téléchargement illégal;

• Le secteur de l'éducation serait désormais dispensé de payer des droits d'auteur. En plus d'aller à l'encontre de l'enseignement aux jeunes de l'importance et du respect des droits des auteurs, les institutions d'enseignement priveraient les créateurs de musique, d'audiovisuel, d'arts visuels et de littérature de plus de 40 millions de dollars par année, une minime fraction de leur budget de 72 milliards de dollars;

• En abolissant les redevances pour l'enregistrement éphémère par les radiodiffuseurs, ces derniers cesseraient de verser 21 millions de dollars par année en redevances redistribuées aux artistes et artisans.

Les artistes et artisans ont tenu à rappeler aux parlementaires que les œuvres artistiques ne sont pas gratuites. Personne ne peut travailler gratuitement. Si on cesse de verser des redevances aux artistes pour leurs droits d'auteur, la perte sera aussi pour les consommateurs, qui se verront privés de nouvelles créations d'œuvres artistiques.

Les artistes parmi les plus grands du Québec et les plus représentatifs de la culture québécoise lancent un cri du cœur aux parlementaires de ne pas laisser tomber les artistes, l'art et notre culture. Aider nos artistes, c'est contribuer à l'expression de notre culture, à l'expression de notre nation.

L’opération nommée « L'autobus du showbusiness » a été organisée conjointement par le Bloc Québécois et l'Union des artistes. Les Luc Plamondon, Robert Charlebois, Michel Rivard, Arianne Moffatt et Marie-Mai étaient quelques-uns des artistes qui se sont fait un devoir de représenter à Ottawa leurs collègues du secteur culturel.

Pierre A. Paquette

jeudi 18 novembre 2010

Le chat sort du sac

Le gouvernement conservateur a sorti l’artillerie lourde cette semaine pour nous vendre le prolongement de la mission militaire canadienne en Afghanistan au-delà du mois de juillet 2011, date limite fixée par la résolution du Parlement votée en mars 2008 pour la fin de la mission canadienne en Afghanistan. En effet, le 16 novembre dernier le ministre des Affaires étrangères, le ministre de la Défense et la ministre de la Coopération internationale ont tenu une conférence de presse conjointe pour annoncer le prolongement de la mission militaire que le Canada a déployée en Afghanistan. Les ministres ont insisté pour établir une distinction entre la mission de combat actuelle et la future mission en tentant faussement de nous faire croire qu’une mission orientée essentiellement sur la formation de l’armée afghane mettrait les troupes canadiennes à l’abri des zones de combats. Une affirmation douteuse compte tenu des propos de l’ancien général à la retraire, le général Rick Hellier : « … si vous voulez aider l’entrainement et le développement de l’armée afghane, vous devez être au combat ». En cherchant à nous faire croire que les militaires canadiens ne participeront pas au combat en se cantonnant dans un rôle de formation, le gouvernement veut nous berner. L’exemple de la mission française en Afghanistan devrait nous éclairer à cet égard. Bien qu’une partie de ses tâches consiste à former la police afghane, la France a perdu un certain nombre de militaires. La formation n’est pas une garantie que les militaires canadiens qui resteront en Afghanistan ne seront pas appelés à intervenir militairement.

Avec cette annonce le gouvernement a renié son engagement de soumettre à un vote de la Chambre tout envoi de troupes combattantes à l’étranger. Cet engagement découle d’une motion adoptée par la Chambre en mars 2008. Voici un extrait de cette motion tel qu’il apparait dans le journal des débats de la Chambre :

[..] Il est de l’avis de la Chambre, que le Canada devrait maintenir une présence militaire à Kandahar au-delà de février 2009, jusqu’en juillet 2011, d’une manière pleinement conforme au mandat de l’ONU en Afghanistan […]

Fidèle à son habitude le Premier ministre a profité que la Chambre était en relâche parlementaire et que les député-es se trouvaient dans leur circonscription, et que lui-même participait au forum de l’APEC (Sommet économique de l’Asie-Pacifique) en Corée du Sud pour annoncer que la mission canadienne en Afghanistan serait prolongée au-delà de 2011 plus exactement jusqu’en 2014. Cette façon de procéder est en flagrante contradiction avec l’engagement pris dans le Discours du Trône du 16 octobre 2007 qui prévoyait que tout futur déploiement militaire devait faire l’objet d’un vote au Parlement. Cet engagement a été repris également en campagne électorale. Non seulement cette façon de faire manque de transparence, mais cette nouvelle mission « non combattante » coûtera au Canada la bagatelle de 500 millions de dollars par année et les communiqués officiels au soutien de la conférence de presse, nous préviennent, non sans ironie, que les coûts définitifs de cette mission « non combattante » ne seront connus qu’après 2014.

Quand on constate que le ratio des sommes dépensées à l’aide au développement consentie à l’Afghanistan par rapport à celles qui seront destinées à l’aspect militaire de la mission est de 1/5, c’est-à-dire que pour chaque dollar consenti au développement cinq dollars iront pour le militaire, il est difficile de croire dans la bonne foi du gouvernement. Un tel déséquilibre dans la répartition nous montre bien qu’en dépit des affirmations du gouvernement sous sommes bel et bien et toujours en présence d’une mission de combat. L’aspect militaire de la mission demeurera prépondérant dans le futur puisqu’il est prévu que 950 militaires resteront sur place et que cela monopolisera cinq fois plus de ressources que l’aide au développement. On voudrait bien croire le gouvernement, mais les chiffres, eux, ne mentent pas. Un véritable débat est nécessaire afin de s’assurer que la mission afghane devienne une mission civile comme l’a promis le Premier ministre. Les discussions entre libéraux et conservateurs derrière des portes closes ne peuvent se substituer à un débat en Chambre. C’est une question de démocratie. D’ici-là nous ne pouvons que conclure qu’encore une fois le gouvernement aura utilisé des faux-fuyants pour tenter de nous mettre une fois de plus devant le fait accompli.

Pierre Paquette
Député de Joliette et
Leader parlementaire du Bloc Québécois